Le plaidoyer cash du président de la Fnof, lors de la journée du Snof
- vince optic
- 20 sept.
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Lors de la 16e Journée du Syndicat national des ophtalmologistes français (Snof) le samedi 13 septembre, Hugues Verdier-Davioud, président de la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof), a livré un diagnostic sans fard sur l’état du marché et trace plusieurs pistes d’action. Il se félicite de la liberté de ton et la franchise des échanges, et que chacun ait pu exprimer ses positions sans filtre, y compris lorsqu’elles étaient divergentes.Son fil rouge : redonner aux magasins d’optique leurs lettres de noblesse à travers leur coeur de métier, assainir les pratiques autour des ordonnances et préserver l’indépendance professionnelle face aux réseaux de complémentaires.
« Oui, il y a trop de magasins »
Sujet rarement abordé publiquement, la densité du parc est, selon lui, devenue un angle mort stratégique : « Le maillage est suffisant, mais on doit mieux nous utiliser et de façon rémunérée. L’excès fragilise l’équilibre économique, entretient des prix élevés et incite à “courir après l’ordonnance”. » En clair, le nombre important de points de vente pousserait certains acteurs vers deux dérives : • le recours à des solutions de productions d’ordonnances peu voire non encadrées et mise en cause actuellement non seulement par les médecins, mais aussi par les complémentaires santé ; • la quête opportuniste d’ordonnances (entreprises, mairie, …), au détriment du rôle de conseil en magasin.Hugues Verdier dénonce la « course à l’ouverture » entre enseignes, contre-productive y compris pour leurs propres points de vente : « Dans l’Est de la France, 23 magasins d'optique pour 19 000 habitants, ce n’est pas raisonnable. De même que 3 magasins pour 5000 habitants en ruralité ! »
Publicité : stop à l’incitation commerciale, oui à l’information de santé
Autre position tranchée : l’opposition à la publicité commerciale (enseignes et produits) qui « n’apporte ni valeur sanitaire ni pertinence économique ». En revanche, il ouvre la porte à des campagnes d’intérêt général sur la prévention visuelle, idéalement portées par une structure collective indépendante dédiée et non par les marques : « Informer, oui. Stimuler l’achat, non. » Communiquer sur l'existence de dispositifs médicaux et sur la prévention pourrait être porté par l’Asnav, si on lui en donnait les moyens.
Alerte sur la « tutelle » des réseaux
Le président de la Fnof met en garde contre un basculement du marché sous la houlette des complémentaires via des dispositifs de « conformité réseau ». À ses yeux, le renforcement du contrôle tarifaire et la montée de la « pertinence des soins » risquent d’aboutir à des prescriptions de verres dictées par des acteurs non soignants (Ocam ou verriers). « Si l’on nous impose des verres, alors ils cessent d’être un dispositif médical. C’est notre expertise qui s’efface. » L’exemple des montures connectées diffusées hors du circuit professionnel illustre, selon lui, cette dérive.
Télé-expertise : une alternative protocolisée, locale et rémunérée
Les ophtalmologistes présents ont rappelé qu’une télé-expertise « qui vaut consultation » doit reposer sur un socle d’examens complet. Hugues Verdier-Davioud propose une voie médiane : • examens automatisés réalisés en magasin (tonométrie, rétinoscopie/otoscopie rétinienne, etc.) ; • transmission via messagerie sécurisée ou DMP ; • avis et ordonnance de l’ophtalmologiste local ; • création d’un acte rémunéré pour l’opticien.Objectif : offrir une alternative sécurisée à la fois pour le médecin et le patient, pour un avis pertinent basé sur un examen complet, conforme aux recommandations du CNPO. « La solution est prête et facile à mettre en oeuvre et à certifier », précise le président de la Fnof.
Lutte contre la fraude : une solution « prête » mais bloquée
Sur la fraude, le président affirme qu’une solution technique de conformité, apte à intéresser les complémentaires et à certifier des flux (y compris de téléexpertise et de l’ordonnance), « fonctionne depuis un an » mais voit son déploiement freiné par des fabricants, dans l’attente hypothétique d’un autre schéma de réseau. Il évoque la blockchain comme brique de traçabilité, et a indiqué avoir reçu des marques d’intérêt de contactologues, complémentaires, ophtalmologistes.
Coopération opticiens–ophtalmos : des chiffres qui invitent à accélérer
Malgré parfois des crispations entre professionnels de la santé visuelle, Hugues Verdier-Davioud souligne une amélioration tangible des échanges : dans le cas des adaptations des primo-prescriptions, 65 % des sollicitations reçoivent une réponse, dont 97 % aboutissent à un accord en trois jours en moyenne. De quoi justifier un passage à l’échelle : généralisation de la messagerie sécurisée et ancrage de pratiques protocolisées.



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