Lutter contre la fraude en optique : la filière organise sa blockchain malgré la réticence de certains acteurs
- vince optic
- 10 oct.
- 2 min de lecture

Nous avons évoqué à plusieurs reprises la possibilité de mettre en place dans la filière un suivi fiable entre la commande du magasin, la livraison du fabricant, puis au client, pour assurer la tracabilité et la garantie du produit commandé et livré.
À l’occasion du Silmo, le Rassemblement des opticiens de France (ROF) a annoncé la mise en œuvre en janvier prochain d’une solution de traçabilité des verres reposant sur la blockchain, destinée à lutter contre la fraude dans le secteur de l’optique. Et mettre en évidence le sérieux des professionnels de l'optique et de toute notre filière face aux organismes payeurs et aux autorités publiques.Selon Jean-François Porte, président du ROF, cette fraude représenterait entre 8 et 10 % du marché, soit un enjeu économique et d’image majeur pour la profession.« La fraude nécessite un combat collectif. Le peu d’opticiens qui s’y livrent nous discréditent auprès des pouvoirs publics et détournent des fonds destinés à la santé. Le ROF va sortir les griffes », avertit-il.
Une solution technologique pour sécuriser la filière
Fruit de plus d’un an et demi de travail, cette blockchain a obtenu l'aval de la Cnil et sera opérationnelle en janvier 2026. Intégrée aux logiciels métiers, elle permettra d’assurer la traçabilité complète des verres, de la commande jusqu’à la livraison au porteur.
Repérer les principales anomalies et non conformités
Les données inscrites seront anonymisées, garantissant leur conformité au cadre réglementaire. Les organismes complémentaires (Ocam) et réseaux de soins pourront y accéder dans le cadre de contrôles ciblés.L’outil a été conçu pour identifier huit cas de fraude parmi les plus fréquents, comme par exemple :
Équipement non conforme : le produit livré diffère de celui facturé (verres moins haut de gamme).
Suppléments fictifs : facturation de traitements de verres non fournis.
Retour non déclaré : facturation d’un équipement jamais perçu par le client.
Substitution non justifiée : remplacement d’un produit sans mise à jour du code ou justification.
À noter que certaines situations relèvent simplement d’erreurs ou d’écarts techniques, pas forcément de fraude volontaire.
Plusieurs partenaires engagés, mais des résistances persistent
Pour l’heure, la blockchain du ROF compte trois verriers partenaires de taille intermédiaire (Codir, Rodenstock et Optiswiss) et plusieurs financeurs de la filière. Mais le syndicat déplore un manque d’implication des grands industriels du secteur, qu’il accuse de freiner la démarche.« Certains verriers ne veulent pas que les opticiens s’attaquent à la fraude, car elle représente jusqu’à 10 % de leur chiffre d’affaires », souligne Jean-François Porte.De son côté, le ministère de l’Économie a salué l’initiative, soulignant que l’optique serait la première filière de santé à se doter d’un tel dispositif de traçabilité.
Une gouvernance partagée à terme
Le ROF précise que sa blockchain pourra coexister avec d’autres solutions développées par des organisations professionnelles (NDLR comme la Fnof) ou des financeurs (NDLR comme Santéclair).« Notre priorité est de la lancer pour démontrer son efficacité aux Ocam », indique Sandra Vassy, directrice générale du ROF.À terme, la gouvernance du dispositif sera tripartite, réunissant opticiens, verriers et organismes complémentaires, dans un objectif commun : assainir le marché et restaurer la confiance dans la filière optique.



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